jeudi 9 mars 2017

Le Panhandle, Texas: entre bétail et coton.




Depuis plusieurs jours, des incendies ravagent le Texas Panhandle, la partie Nord Ouest du Texas: le manche de la poêle en français. 
Nous avons traversé maintes fois cet endroit, lors des road trips vers les National Parks de l’Ouest, vers le Colorado, vers le Nouveau Mexique. On appréhende toujours sa traversée parce que sortir du Texas est long et éprouvant pour ceux qui n’aiment ni le désert ni l’immensité de cette région. La dernière fois que nous l’avons traversé, je regardais autour de moi et j’ai beau adoré ce que je vois, j'ai eu l’impression d’être dans une de ces parties du monde où la violence du climat et  la solitude du coin ne sont supportables que pour ceux qui y sont nés.


Panhandle, TX, novembre 2015


Des vaches et des ranchs à perte de vue. 
Peu de végétation, un vent fort et constant qui cisaille la route, glacial en hiver, brûlant en été, des tumbleweeds qui passent devant les roues de la voiture, des maisons rares et éparses, et soudain, Amarillo. La grande ville du Panhandle, plantée au beau milieu de cette nature inhospitalière, qui ne doit son succès qu'au Big Texan. Un resto où tu peux bouffer à l'oeil si tu ingurgites le morceau de bidoche de 2 kg qui est exposé à l'entrée en moins d'une heure. Je ne vais pas m'attarder sur le succès de cet endroit où s'alimenter est un concours de vitesse, parce que c'est comme les fast-foods et les animaux en captivité, ça me donne très vite la nausée. 
Amarillo c'est un peu tout ce que tu crois savoir sur le Texas mais qu'en fait t'as tout faux. Amarillo ça ressemble au trou du cul du monde sauf que c'est la porte d'entrée du Palo Duro, le deuxième plus grand canyon des Etats Unis et de Caprock Canyons, la Mecque du VTT au Texas.


Palo Duro, 2013

Avec ce désert et cette poussière et ce vent incessant, on n'a pas de mal à se projeter quasi un siècle en arrière.
A imaginer le Dust Bowl, cette période aussi appelée les Dirty Thirties, qui a frappé le Midwest dans les années 30. Texas, Oklahoma, Nouveau Mexique et Colorado noyés dans le sable. La sécheresse a duré plus de huit ans. L’agriculture à outrance et le développement de certaines techniques qui empêchaient la prolifération des plantes, conjugués à la sécheresse, ont entrainé cette catastrophe écologique et humaine.  

Migrant Mother 1936 Dorothea Lange


Il arrive encore aujourd’hui que la région du Panhandle soit balayée par des « haboobs » le mot arabe est quelquefois utilisé pour parler des tempêtes de sable. Les météorologistes font en fait une différence entre le Haboob qui est une dégradation orageuse contrairement au « sand storm » qui n’a besoin que de vent et de poussière. Tout le monde a en tête ces énormes vagues de sable qui recouvrent tout sur leur passage et qui peuvent descendre du Panhandle jusqu’à Lubbock. 

Cimarron County, Oklahoma, 1936. Arthur Rothstein

Quand mon fils a étudié le livre « Out of the Dust» j’ai compris l’ampleur du désastre. Des maisons délabrées dans lesquelles le sable s’immisçaient de partout rendant les survivants malades, étouffant tout sur son passage, poussant les gens à quitter leurs terres et à immigrer vers la Californie. Si tu veux pleurer toutes les larmes de ton corps, je te recommande chaudement ce bouquin rédigé en vers dans lequel la douleur physique fait concurrence à la misère morale tout ça à travers les yeux d’une enfant de 10 ans. 

Bref, ça me rappelle l’extase ressentie en sixième quand j’ai du lire « Mon bel oranger » de Jose Mauro de Vasconcelos. Je pleurais tellement que ma mère, s’inquiétant pour mon équilibre mental, était allée demander à la professeur de français si je devais vraiment finir le bouquin. Je n’ai pas pu parler de ce livre sans avoir les larmes aux yeux pendant des mois. Je te passe mes sanglots à la lecture de « Croc Blanc » et mes hurlements la première fois que mon frère m’a résumé « Le Journal d’Anne Frank ». 

Tu dois sans doute te demander où je veux en venir car comme d’habitude je digresse et nombreux seront ceux qui n’iront pas au bout de mon article, vous allez le regretter le plus intense étant à venir. 

Ces derniers jours des incendies terribles ont ravagé le Panhandle. Des ranchs dévorés par les flammes, du bétail qui se fige devant les flammes et ne fuit pas, des ranchers qui voulant sauver leurs bêtes ont été pris au piège du feu. La tristesse m’a accablée ce matin et je me suis souvenue de relativiser mes problèmes à la lecture de toutes ces vies perdues et détruites. 



Le Panhandle, ce n'est pas l'endroit le plus exotique du Texas si tu ne sais pas où regarder. Traverse-le en Novembre et tu changeras d'avis. Au niveau de Memphis, TX, le coton s'envole et s'accroche absolument partout. Des champs de coton qui s'étendent à l'infini, des camions bourrés jusqu'à déborder, et les usines dont les abords sont recouverts de fibre blanche comme de la neige.

J'ai pris ces photos au moment de Thanksgiving, ces deux dernières années. 
Je te promets que tu ne regarderas plus ton tee-shirt de la même façon...






















4 commentaires:

  1. Je n'avais jamais entendu parler de cette région. J'aime beaucoup la description que tu en fais mais n'aimerait clairement pas m'y trouver à certains moments, ça a l'air d'être un en droit qui devrait être laissé à l'état sauvage.

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    1. C'est sympa à traverser (et encore) mais je n'y vivrai pas (JA-MAIS)

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  2. J'avais pleuré aussi pour mon bel oranger.....ca a l'air tres sec et poussiereux ce coin, pas tres accueillant apparemment

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    1. Ah! Mon bel oranger a fait une autre victime...

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