mercredi 23 novembre 2016

Thanksgiving, les Cowboys et les Indiens.






Je suis un peu comme Michelle Obama. La ressemblance avec l’incomparable Flotus n’est pas évidente au premier abord. Mais elle a raconté l’autre jour à je ne sais plus quel journaliste, que ces derniers temps elle avait l’impression de faire certaines choses pour la dernière fois à la Maison Blanche. L’heure de mon dernier diner d’état n’a pas encore sonné, mais j'ai un peu la même sensation. Notre dernier Thanksgiving pointant le bout de son nez, on s’est demandé comment le célébrer. 

Ici, Thanksgiving c’est aussi important que Noêl en France. D’ailleurs les voisins ont retiré les décorations d’automne pour installer celles de Noêl depuis début Novembre. Les sociétés de décoration sont en plein boum et tous les jours on assiste aux périlleux accrochages de guirlandes lumineuses le long des toits des maisons. A la nuit tombée, on devine les sapins installés derrière les fenêtres qui disparaitront dès le lendemain de Noêl.
Certains autochtones s’étonnent toujours que les Français ne fêtent pas Thanksgiving. Au cas où tu l’aurais oublié, je te rappelle que Thanksgiving, c’est le premier repas partagé par les indiens et les colons. Enfin, ça c’est la version courte et édulcorée: pour le folklore et surtout pour éviter de couper l’appétit de tout le monde le dernier jeudi de Novembre venu.

Thanksgiving tel qu’il est enseigné aux enfants dans les écoles est une preuve supplémentaire de l’ethnocentrisme des Américains selon certains historiens. La plupart des gamins croient que les premiers habitants de leur pays sont arrivés glorieusement sur le Mayflower en 1620 du côté de la Nouvelle Angleterre, qu’ils n’avaient rien à manger, que l’hiver arrivait et qu’ils n’avaient aucune chance de s’en tirer vivants. Heureusement, les Indiens du coin ont eu pitié de ces pauvres colons et leur ont apporté de quoi se sustenter, la fameuse dinde et le maïs. 
Dans cette version épurée, on oublie l’implication des Espagnols, des Français et surtout l’existence d’un peuple, sur ces terres avant l’arrivée de « l’homme blanc ». 
La vérité est quand même plus triste et moins glorieuse et je te rappelle au passage qu’il s’agit de nos ancêtres européens. 
Bref, quelques épidémies plus tard, gracieusement offertes par les premiers européens à faire la traversée en compagnie de bétails, virus et bactéries en tous genres, la résistance des tribus indiennes est toute relative dans le Nord Est. Les Colons, fraichement arrivés  sur le Mayflower, n’hésitent donc pas à s’installer dans les anciens villages indiens dont les habitants ont été décimés. Sur les écrits des premiers colons, on peut lire que ces épidémies les épargnent parce que « God is on our side» (Dieu est avec nous). La fameuse légende du bon indien, Squanto, qui fait don de victuailles aux colons par bonté pure est légèrement plus compliquée et plus longue tu t’en doutes.
L’homme en question avait traversé plusieurs fois l’Atlantique en tant qu’esclave et quand il est enfin retourné dans son village, il a découvert que sa tribu n’existait plus, ravagée par les épidémies. 

De toute façon, Thanksgiving n’est pas si ancienne, c’est Lincoln qui en 1863 en a fait une fête nationale qui n’avait rien à voir avec les Colons.
Aujourd’hui, il s’agit surtout d’une occasion de rassembler les familles et de partager un repas. La première année de notre arrivée, nous avons saisi l’occasion pour visiter la Louisiane et La Nouvelle Orléans. La deuxième année, j’ai jeté un canard dans le four parce qu’au-delà d’une célébration, pour nous, c’était surtout l’opportunité de tomber sur des victuailles rares le reste de l’année dans les supermarchés. Il a fallu attendre la troisième année pour célébrer Thanksgiving avec des amis texans. Dans leur invitation, on sentait la pression gastronomique: « Nous porterons nos pantalons à taille élastique, vous pouvez en faire autant ». 
Ils nous ont cuisiné un repas délicieux, une dinde farcie et tout un tas d’accompagnements comme le veut la tradition. Au début du repas, on s’est plié avec enthousiasme à la tradition: on a cité pour qui ou quoi on était reconnaissants. On a fait bombance avec un grand plaisir chez nos hôtes texans. Puis, le moment le plus important de la journée a sonné: le match de Thanksgiving. 

Si tu es friand de séries américaines notamment Friends, tu sais qu’il y a deux moments très importants le Jeudi de Thanksgiving: le matin,  il y a la parade retransmise à la télé, en direct de New York et un peu plus tard le match de foot. 
J’ai entendu dans un film à charge sur le foot US une boutade qui disait à peu de choses près: « Tu t’attaques à la NFL? Mais tu sais que ces mecs sont tellement puissants qu’ils sont propriétaires d’un jour de l’année ». 
L’été est dévolu au baseball, Noêl au basket, Thanksgiving est définitivement dédié au foot. A mon grand plaisir, les Dallas Cowboys jouent pour Thanksgiving, tous les ans. Je sais que tu ne t’intéresses probablement pas au foot US sauf au moment du Super Bowl pour les publicités et la mi-temps de folie. Alors je ne te raconterai pas que les Cowboys ont gagné neuf matchs d’affilée. Je ne te raconterai pas non plus les déboires de la star Tony Romo, le quarterback de l’équipe et ses blessures à répétition, ni l’arrivée de Dak Prescott, le rookie quarterback qui l’a officiellement détrôné et qui a marqué 17 touchdowns pour seulement deux interceptions. 

Ça me laisse donc de la place pour te dire que cette année, on célèbre Thanksgiving comme on aime, en avalant les kilomètres à travers les Etats-Unis. On a trinqué l’année dernière avec une margarita et des nachos au green chile à Taos. Cette année, on va trinquer sous les flocons du Colorado. 

Je te laisse sur cette citation trouvée au détour d’un article traitant de la réalité de Thanksgiving, elle m’a paru étrangement d’actualité: 
« God on our side » was used to legitimize the open expression of Anglo-Saxon superiority vis-à-vis Mexicans, Native Americans, peoples of the Pacific, Jews, and even Catholics. Today, when textbooks promote this ethnocentrism with their Pilgrim stories, they leave students less able to learn from and deal with people from other cultures. » James W. Loewen Lies my teacher told me 2007





Traduction de mon cru:
L'expression "Dieu de notre côté" était utilisée pour légitimer ouvertement la supériorité des Anglo-Saxons sur les Mexicains, les Indiens, et les peuples du Pacifique, les Juifs et même les Catholiques. Aujourd'hui, quand les livres mettent en avant cet ethnocentrisme avec leurs histoires de Pères Pèlerins, ils laissent les élèves incapables d'apprendre et d'échanger avec des gens d'autres cultures."




vendredi 11 novembre 2016

Veteran's Day, des larmes et Tom Cruise







Le 11 Novembre en France, on célèbre l’Armistice de la Grande Guerre. Aux Etats Unis, on célèbre tous les vétérans. Veteran’s Day aux US n’est pas férié, mais ne t’inquiète pas pour nous, on se rattrape sur Columbus Day et Martin Luther King Day. Aujourd’hui les enfants vont sortir de l’école plus tôt et rien que pour ça, j’ai une super envie de crier « Hourra », parce que qui dit « early dismissal », dit « pas de lunch box ».

Je ne suis pas en train de t’entretenir de la futilité de mon organisation alimentaire quotidienne du tout, je vais te parler de la journée d’hier, riche en émotions, que j’ai vécue.

Tout d’abord, j’ai déposé le musicos, sa trompette et son pupitre à 7:30 tapantes à l’entrée de l’école pour qu’il ait le temps de s’installer et de s’échauffer avec le reste de la Band. Tu sais, ce moment cocasse où les concertistes te donnent l’impression de faire n’importe quoi dans une cacophonie absolue l’air super sérieux. Là, comme je suis une mère parfaite, j’ai complètement oublié l’existence de ma fille qui lisait calmement et l’ai déposé à l’école avec dix minutes de retard. 

Le gymnase s’est rempli doucement de parents, vétérans et élèves de l’école pendant que la Band jouait de la pep music pour réveiller tout le monde. 
La principale a ensuite pris la parole pour inaugurer cette journée particulière. On a assisté au levé des couleurs, récitation des Pledges of Allegiance, et défilé des Scouts, je vais finir par faire une interro écrite en fin d’année, tu devrais savoir tout ça sur le bout des doigts depuis le temps.
La Band a alors joué l’hymne américain puis America the Beautiful, accompagnant les petites voix cristallines de la chorale de l’école des petits. 

C’est à ce moment-là qu’un pilote des Marines est arrivé derrière le micro. J’essaye de penser à une description pour que tu visualises le truc mais je vois pas. Si tu as vu Top Gun 18 fois comme moi, j’ai espoir de te faire partager ce moment délicieux. 
En fait, Tom Cruise, ses 24 ans et son blouson aviateur sont entrés dans la salle. Il a  pris la parole, puis a fait défiler sur grand écran des photos de lui aux commandes de son avion, avec son fusil en main en Afghanistan, avec des collègues à lui, avec des petits afghans qui lui tendaient la main et d’autres photos sur lesquelles il n’était pas et que j’ai déjà oubliées. 

Il a pris quelques questions dans l’assemblée: la directrice se chargeait de relayer les questions des enfants à la voix inaudible mais elle en a vite eu assez, alors elle a remercié Tom Cruise d’être venu et l’a poussé hors du pupitre alors que j’avais une question concernant sa situation maritale de pilote.

Elle a ensuite demandé à la Band de jouer les airs de musique de l’armée américaine, et comme j’adore la musique militaire, c’était un peu Noel avant l’heure. A chaque extrait interprété, les Vétérans concernés se levaient et l’émotion devenait palpable dans la salle.

C’est alors que mon fils trompettiste a été appelé au pupitre devant toute la salle pour interpréter « Taps », l’air joué à la trompette lors des funérailles des soldats américains. Si tu te demandes pourquoi mon fils, je te remercie de la question, et je te réponds que les solos sont attribués aux premières chaises de chaque instrument, tu entends là, comme j’explose de fierté?

L’audience n’en menait pas large et il y a eu des yeux embués à tous les coins de la salle. La commémoration s’est terminée, le gymnase s’est vidé et la directrice m’a fait un hug pour me dire combien elle avait apprécié l’interprétation de ma progéniture. 

Comme je ne perds pas le nord facilement, mon radar Top Gun m’a ramené auprès de ma copine qui avait invité Tom Cruise à participer. Elle m'a regardé et m’a dit « T’as vu Captain America? » d’un air entendu. Tu m’étonnes que je l’ai vu. Surtout que Tom Cruise, plus vrai mais plus vieux, l’Homme l’a rencontré cet été sur son lieu de travail et la seule chose qu’il m’a ramené c’est une photo trouble d’un mec en babygro noir de pilote au milieu d’un champ, où il est absolument impossible de discerner quoique ce soit.

Plus sérieusement, quoique je plaisante rarement quand il s'agit de Tom, aujourd'hui les écoles américaines feront une minute de silence à 11h11 pour se souvenir de tous ceux qui ont laissé leur vie sur une plage normande, dans un désert afghan ou sur une montagne yougoslave. 
Gardons, nous aussi, leur souvenir vivant en travaillant à la paix chaque jour.











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mercredi 9 novembre 2016

Théorie dite "de la merde et du ventilo"





J’avais prévu de te faire partager le nouveau projet de l’école élémentaire de ma fille depuis plusieurs jours et puis, les événements étant ce qu’ils sont, j’ai décidé d’étoffer un peu mon article.

Demain, l’école de ma fille va célébrer Veterans Day en musique, grâce à un concert-hommage donné par la Band de l’école de mon fils. Il s’entraine avec passion et commence à appréhender un peu: il va jouer deux solos. Tu imagines ma fierté et mon angoisse, surtout qu’il va jouer Taps, l’air de trompette joué aux funérailles des soldats américains.
Ma fierté est encore plus grande parce que ma fille a participé au projet de l’école qui rend hommage à tous les vétérans ayant un lien familial avec les enfants de l’école. Ainsi, elle a conversé avec ses deux grands-pères qui ont tous les deux servis pour notre grande et belle nation afin qu’ils soient eux aussi présents sur ce mur, nommés,  accompagnés d’une photo suivie de leurs années de service. J’en ai profité pour ajouter un hommage à mon frère, engagé dans l’armée de Terre qui a perdu la vie en 1995 en ex-Yougoslavie, sous les couleurs de l’ONU.
Inutile de te dire, qu’aucun de ces trois protagonistes ne pensaient un jour se retrouver honorés de la sorte sur le mur d’une petite école américaine. Je suis ravie que cela arrive, surtout que leurs affiches ont été traitées avec le même respect que celui apporté aux vétérans américains. Quelqu’un ayant même pris soin de trouver le logo de l’arme à laquelle ils appartenaient en France, et ça, ça m’a fait plaisir.

Je suppose que l’émotion sera intense demain matin, surtout que la Band va jouer les hymnes de chaque arme et que chaque vétéran dans l’audience est invité à se lever pour que l’on puisse lui faire une ovation. Ce n’est évidemment pas une surprise qu’ici, on puisse cultiver le respect de ceux qui donnent leur vie pour leur pays.

Et puis, je ne peux évidemment pas passer sous silence l’élection du nouveau President des Etats-Unis. Je dois reconnaitre que, comme la plupart des expats français aux US avec lesquels j’ai un lien sur les réseaux sociaux, je suis toujours sous le choc.


Je tiens tout d’abord à te dire que la réaction de la communauté française des USA m’a d’abord réconfortée. Quand on est contrarié, on aime bien l'être à plusieurs et se réconforter, s’encourager ou le cas échéant râler et se plaindre. Et là me revient en tête une expression imagée apprise peu après notre arrivée ici: « When the shit hits the fan » (quand la merde frappe le ventilo), et ouais, l’idée, c’est qu’il y en aura pour tout le monde!
Ironie du sort, la copine qui me l’a apprise à fort probablement voter Trump, exutoire de sa haine pour la clique à Clinton, comme beaucoup d’américains.

C’est ce matin au réveil, que l’on a trouvé le message envoyé par un de nos copains texans, court, concis mais pas moins explicite:  « fuck ».
Je pense aussi à ce couple formidable de dames rencontrées à Austin qui m’avaient dit, six mois en arrière, s’être renseignées pour émigrer  au Canada. C’était la première fois que j’entendais ça!

C’est la grande majorité de mes voisins et concitoyens qui doit être heureuse. Surtout ceux qui s’amusaient à harmoniser leurs panneaux « Trump », « Say no to abortion", et « Hillary for prison » avec leurs pétunias, et les arrangeaient inlassablement tous les deux jours, en formation diamant, en quinconce et en rond depuis le mois d’Août. 

Je ne suis pas une experte en politique et je ne vais surtout pas me ridiculiser en te livrant une analyse politique de mon cru. Je crois que si tu as besoin d’en savoir plus, il y a assez de gars, là dehors, qui ne demandent qu’à être écoutés, quitte à dire un gros tas de conneries.

Je ne souhaite qu’une chose c’est que la haine qui sort de la bouche de ce monsieur ne donne pas une légitimité à tous les autres. Après tout, pourquoi s’encombrer de gêne et de bienséance ou de respect quand ton propre président n’en a aucun. Que le pire en l’homme me surgisse pas dans notre quotidien de façon naturelle sous prétexte qu’un chef d’état se permet des sorties indignes de son statut.
J’ai donc donné pour consigne aux enfants de ne pas parler des élections et de ne surtout pas se mêler des discussions qui risquaient d’en découler. 

On va assister maintenant au bal des faux culs et ça, ça va mériter de se délecter devant la télé de ce petit cidre breton que j’ai acheté en vendant un rein hier. Tous ceux qui ont bouffé du Trump après chacun de ses coups d’éclat en promettant de ne pas le soutenir, de ne pas voter pour lui, tous ayant des raisons légitimes de le faire tout en étant dans son camp, vont maintenant recourir à la séduction pour obtenir ses faveurs. 
George W. Bush, malgré tout ce qui nous sépare, je te le dis, ton vote blanc est une des rares choses qui m’ait fait jubiler ce matin, bon ça et aussi ce tweet qui disait:  
« Nous recherchons toute personne ayant eu un contact avec une bonne nouvelle en 2016, votre témoignage est important ».