mercredi 18 février 2015

Memphis, TN



Memphis, une étape phare du voyage.
Memphis et la musique, Memphis et sa cuisine mais avant tout Memphis et l'Histoire.

Impossible de passer par Memphis sans visiter le National Civil Rights Museum, installé dans le Lorraine Motel.


Une étape pour essayer de mieux comprendre le pays dans lequel nous vivons. Nous sommes au coeur de l'histoire de la lutte des Noirs pour les droits civiques.
C'est à ce balcon que Martin Luther King a été assassiné le 4 Avril 1968. L'un des rares hôtels de la ville qui accueille les gens de couleur et où MLK est accepté avec son équipe.
Le lieu a été transformé et abrite maintenant un musée fort bien fait dans lequel nous sommes restés des heures, laissant les groupes nous rattraper et nous dépasser.

Extrêmement riches, claires, les salles se succèdent et l'on y croise dans le désordre l'histoire de l'esclavage, le bus dans lequel Rosa Parks a refusé de céder, le dinner de Greensboro dans lequel les Noirs sont interdits mais où le 1er Février 1960, 4 étudiants ont bravé l'interdiction sous les insultes, les crachats puis les violences de la population, ou encore la reconstitution exacte des événements ayant mené aux violences policières sur le célèbre pont Edmond Pettus (du nom d'un général confédéré, grand dragon du KKK) à Selma en Alabama...


On y visite la chambre dans laquelle le révérend King a passé sa dernière nuit où il a chahuté avec son frère et ses proches amis dont le révérend Jesse Jackson.

Il s'était rendu à Memphis dans le but de soutenir la grève des éboueurs Noirs de Memphis. Un salaire moindre, des conditions dangereuses et insalubres, deux travailleurs viennent d'être assassinés, des manifestations non-violentes proclamant "I am a man" éclatent, auxquelles King veut se joindre.



Il va prononcer son dernier discours la veille de sa mort, dans lequel il fait une allusion à sa possible disparition.

"Il m'a permis d'atteindre le sommet de la montagne. J'ai regardé autour de moi. Et j'ai vu la Terre Promise. Il se peut que je n'y pénètre pas avec vous. Mais je veux que vous sachiez ce soir, que notre peuple atteindra la Terre Promise."


Juste quelques chiffres et infos glanées dans ce musée:

Au moment de la ratification de Déclaration d'Indépendance, 20% de la population était en esclavage.

L'auteur de la Déclaration d'Indépendance (oui, là où c'est écrit que les hommes ont été créés égaux)  est Thomas Jefferson, qui a possédé quelques 600 esclaves dans son domaine.

En parlant d'esclaves: quand vous êtes esclave, vous êtes kidnappé, marqué au fer rouge, vous êtes entassé, nu, dans des soutes de bâteaux, pour un voyage de trois mois, nourri selon les réserves, malade de la dysenterie, malaria, scorbut ou autres...
Vous avez une chance sur cinq de mourir avant d'atteindre les Amériques.

Pour finir, l'extrait d'une lettre qu'un de ces jeunes de Greensboro a laissé à ses parents avant de rejoindre ses copains de lycée pour un sit-in.

"Chers Maman et Papa,
Au moment où vous lirez ça, je suppose que vous serez tristes et probablement en colère... Essayer de comprendre que ce que je suis en train de faire est juste.C'est pas comme si j'allais en prison pour vol, meurtre, etc... mais nous le faisons pour le bien de tous les Noirs. Vous devez comprendre que je dois prendre des décisions par moi-même maintenant.. Alors essayez de voir les choses à ma façon et donnez-nous, à la jeune génération, une chance de faire nos preuves, s'il vous plaît. Et surtout, ne vous inquiétez pas et priez pour nous." Clarence Graham, 18ans, 31/01/1961




jeudi 12 février 2015

Nashville, Tennessee




Arrivés à Nashville, le road trip prenait une nouvelle saveur. On arrivait dans le berceau de la musique américaine. 
On s'était fixé trois impératifs à Nashville:

Aller écouter un concert au Grand Ole Opry, salle de concert mythique
Déambuler dans Broadway le soir
Visiter le Country Music Hall of Fame and Museum

Le premier soir, à peine arrivés, nous avons foncé, billets en poche, au Grand Ole Opry.
Depuis 1925, tous les samedis, les concerts du Grand Ole Opry sont diffusés en direct à la radio. Tout comme la Country music, cet endroit n'est pas populaire en France. Ici, c'est un monument et souvent les américains évoquent cette émission sacro-sainte, écoutée en famille à la radio et dont tout le monde parlait le lundi matin.
Nous n'allions donc pas manquer ce rendez-vous, même si la plupart des artistes du début de soirée sont des inconnus. Nous avons été conquis d'emblée par le lieu, un amphithéâtre à taille humaine et l'ambiance super chaleureuse.
En première partie, des chanteurs venus d'un peu partout et qui partagent leur musique avec passion. Des groupes formés de parents, enfants, cousines et soeurs. Tous ensemble pour communier autour du micro. De temps en temps, l'animateur de la soirée apparaît sur un coin de la scène pour lire des réclames, comme au bon vieux temps. 

Un court extrait qui donne un aperçu de la salle et surtout de ce groupe ultra sympathique, quatre soeurs accompagnées de leur père au piano, qui a d'ailleurs décrété:
"Dieu m'a donné trois choses dans la vie, quatres filles, une salle de bain et la patience..."


video


Puis, en deuxième partie de soirée, les vedettes: Jerrod Niemann, Randy Houser et Lee Brice.
Leurs noms ne vous diront rien mais, quand ils sont arrivés sur scène, les filles se bousculaient devant la scène pour les prendre en photo.

Pour les curieux, voici le clip du tube de l'été dernier de Lee Brice, filmé en partie dans le Grand Ole Opry:





Nous avons aussi déambulé dans Broadway, la rue animée de Nashville le soir; les bars se succèdent, la musique est omniprésente et l'ambiance est super agréable. Accompagnés d'enfants, il est impossible de rentrer dans les bars mais la plupart ont des groupes en terrasse. On appelle ces bars des honky tonk, si tu n'aimes pas la Country, cette ville n'est pas pour toi!
Les thèmes des chansons sont toujours les mêmes: l'amour, les femmes mais aussi l'alcool, les bars et les voitures.
Je ne pensais pas un jour écouter de la Country mais finalement, j'aime ça, c'est une musique super entraînante et j'adore les voix de femme; si tu te décides, écoute  ma préférée Kacey Musgraves, Brandy Clark ou des stars comme Miranda Lambert ou encore un groupe comme Little Big Town  qui a décidé de donner à l'apéro sa vraie dimension avec sa chanson Day drinking...


Le Batman Building qui domine Nashville et Broadway

Country Hall of Fame and Museum, sa visite était incontournable et nous l'avons tous apprécié, ce qui n'est jamais évident accompagné d'enfants. Le Routard nous promettait une visite ludique et interactive. En effet, ce qui pourrait s'avérer barbant et longuet passe finalement très bien.

Fresque du Country Hall of Fame
La fin de l'esclavage, les premières machines dans l'industrie du coton, le manque de travail qui pousse les gens vers les villes, la misère, la désertification d'une partie des grandes plaines à cause de l'agriculture intensive, la population des campagnes, afro-américaine ou blanche, qui se retrouve dans les grandes villes du Sud, et les différents styles de musique qui se croisent, s'enrichissent et se développent.

La Country à Nashville, le Blues à Memphis, le Jazz à La Nouvelle Orléans...


lundi 9 février 2015

Plus trash que Fifty Shades of Grey

Indiana Jones et le Temple Maudit.
Oui, deux sollicitations cinématographiques successives, je sais que tu peux le faire. Tu vas voir où je veux en venir.
Visualise la scène où la blonde évaporée vêtue d'un déshabillé en soie saumon, emprunte un couloir sombre et plutôt inquiétant, jonché de cafards, cancrelats et autres insectes grouillants et rampants et déclare: 
"Je sens que je vais encore me cochonner!"
Oui, crois-moi je te donne cinq petites minutes pour te sentir cochonné, toi aussi.

Ni corde, ni martinet, ni fouet, ici tu pénètres dans le Fifty Shades du roadtrip. Je vais te parler de chambres d'hôtels, de draps froissés et de lits défaits, la différence avec l'événement cochon planétaire de la St Valentin 2015, c'est qu'avec moi, tu vas regretter les détails... 
Je te donne moins de dix secondes pour commencer à te gratter.
Tics, puces, moustiques, punaises, je vais te raconter qui sont ces cancrelats assoiffés de sang qui courent dans nos lits d'hôtel à la nuit tombée. Maintenant que tu me sais capable d'amputer une mouche à quinze mètres avec mon 9mm, bon grosso merdo hein, tu vas apprendre que je me laisse finalement déborder par infiniment plus petit que moi.

Toi, qui comme moi souffres de ce besoin irrépressible, à l'hôtel, d'ouvrir les draps sauvagement, du revers de la main, histoire de surprendre un poil, un cheveu ou un parasite ne t'appartenant pas, tranquillement lové, au chaud, au milieu du lit, sache que ça ne sert à rien contre les punaises de lit. 
Enfin si. Si tu veux les éradiquer en les faisant mourir de rire.
La punaise de lit, car c'est bien d'elle que nous allons disserter aujourd'hui, ou bedbug en anglais, est un petit parasite timide qui ne sort qu'à la nuit tombée. Elle aime te surprendre dans ton sommeil. Elle a la politesse de s'attaquer à n'importe quel hôtel, de façon très démocratique, du palace à l'Auberge du Torchon Sale. Elle adore voyager et se glissera avec affection dans tes bagages pour te suivre au chaud dans ton logis. 
Elle niche, avec ses copains, copines, famille et enfants dans les boiseries des lits, dans les plinthes, dans les recoins des matelas à l'abri de la lumière. C'est avec un enthousiasme débordant qu'elle se reproduit, la cochonne, puisque cette fornicatrice peut produire jusqu'à quinze oeufs par jour. 

Oui, c'est un grand bonheur que de croiser sa route. J'en ai beaucoup appris sur moi grâce à elle. Par exemple, je sais maintenant que je préfère dormir sous une tente surveillée par un alligator que dans une chambre prise d'assaut par des punaises.
Je suis beaucoup plus hystérique. 
Surtout qu'à la première rencontre, finalement, c'est comme pour tout, tu ne sais pas vraiment qui est en face de toi. Son gros ventre tendu et bombé de 5mm te met quand même la puce à l'oreille, passe-moi l'expression. Et puis, quand assailli par un doute angoissant, tu te décides à éradiquer la nouvelle venue sur les post-it gracieusement fournis avec les punaises de lit dans la chambre, tu n'es finalement pas très surpris que le résultat t'indique que, oui, la bête a déjà sucoté l'hémoglobine du visiteur précédent...

Je vais passer sous silence le branle-bas de combat affolé qui a suivi, ainsi que la découverte qu'elle n'avait pas hésité à appeler quelques copines, pour une petite soirée pyjama... 
Nous avons fini la nuit dans une autre chambre, à un autre étage, pas vraiment sereins, mais surtout vierges de toute piqûre...
Nous avons décampé super rapidement au petit matin, bien décidés à planter la tente et à dormir au mieux dans nos matelas et au pire dans nos acariens...
Mais bon, ça c'est ce que l'on croyait.



jeudi 5 février 2015

"Quand on a quelque chose de difficile à faire dire à un personnage, surtout le faire boire". Ernest Hemingway


La semaine dernière, j'ai fait quelque chose dont je voudrais te causer.
Comme tu le sais, si tu suis assidûment mes aventures, j'habite au Texas.
Avant de vivre ici, je croyais que le Texas, c'était aride, chaud été comme hiver, peuplé de gens en bottes et chapeaux, qu'ils faisaient tous du cheval au milieu des vaches et des puits de pétrole, avec leur flingue passé à la ceinture.
Bon, et bien, comment dire, ce n'est pas tout à fait ça...
En vrai, il arrive qu'on se caille sérieusement les miches en hiver.

Alors avant de te raconter les deux événements marquants de ma semaine, pour planter le décor, je vais tenter de rectifier ta vision du Texan, si comme la mienne, elle était erronée.

Alors, oui, les Texans portent des bottes, quelquefois, homme ou femme, avec glamour ou pas, le samedi ou en semaine, et moi, je trouve ça beau.
Note qu'ici, on ne connaît pas le mot "Santiag", des bottes au Texas, ce sont des boots, pas la peine de préciser, on sait tous de quoi on parle.

Pareil pour les chapeaux. Ils ne sont pas réservés à ceux qui font les malins à cheval, ici, tout le monde en porte, parce que l'hiver, ça tient chaud à la tête et l'été, ça aide à garder la tête froide, et ça c'est important, tu vas bientôt comprendre pourquoi...



Au Texas, il n'y a pas que des déserts, c'est aussi verdoyant,


et ça tombe bien parce qu'il y a des vaches à nourrir.




Non, les Texans n'ont pas tous leur arme passée dans la ceinture, parce que d'abord c'est pas confortable, et puis, en plus, au Texas, c'est interdit.
Mis à part pour mon voisin d'en face qui lui a la panoplie complète, boots, chapeau et flingue dans son holster, mais c'est pas pareil, c'est un Texas Ranger, un vrai. Et au cas où on te poserait la question au Trivial Pursuit, c'est Stephen Austin qui a créé cette milice pour protéger les premiers colons du Texas contre les indiens Karankawas.


Même pour une personne détentrice du CHL (Concealed Handgun License), les lieux où il est autorisé de porter une arme CACHEE, sont peu nombreux. Par contre, les personnes possédant une arme mais pas le CHL, peuvent garder leur arme dans leur maison comme dans le vide-poches de leur voiture. Ce qui explique probablement le flegme des conducteurs américains grâce au lien intime entre "chaleur-chapeau-vide-poches" ou encore "klaxon-sourire-vide-poches".

Un foyer américain sur trois possède une arme à feu. Je ne connais pas les chiffres au Texas, mais en parlant avec les gens d'ici, il apparaît que très peu n'ont pas d'arme. En fait, je n'ai rencontré qu'une personne n'ayant pas d'arme chez elle: ma proprio, et elle nous a chaudement recommandé de ne JAMAIS entrer dans la cour d'un voisin à la nuit tombée.
Nos voisins, nos amis ou connaissances déclarent assez facilement posséder une ou plusieurs armes.
Il y a deux ans de cela, un prisonnier a été transporté sur une ligne régulière encadré de deux Marshals, pour être transféré. Son comportement a nécessité un atterrissage d'urgence à Dallas et les deux Marchals ont décidé de finir la route en voiture. A la sortie de l'aéroport, ils se sont arrêtés dans un centre commercial pour acheter des sandwichs. L'un des deux est resté à la voiture avec le prisonnier pendant que l'autre faisait les achats.
Il n'a pas fallu plus de quelques minutes au prisonnier pour arracher les lunettes du Marshal, lui entailler la carotide avec et filer en clopinant, pieds et mains entravés par les chaînes. Le tout filmé par les webcams du parking.
La traque a duré une semaine.
Il a finalement été abattu par la police alors qu'il squattait une maison sur les bords du Grapevine Lake, à quelques minutes de route de chez nous.
Certains de nos amis ont reconnu avoir dormi cette semaine-là avec leur arme près du lit.

C'est le deuxième Amendement de la Constitution qui leur donne ce droit: "Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un Etat libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé".

Evidemment, tout le monde a en tête les tueries innommables qui ont eu lieu aux Etats-Unis.
D'un côté, ceux qui soutiennent que des personnes armées dans les écoles arrêteraient le tueur avant qu'il ne fasse des victimes, d'un autre, ceux qui soutiennent que le pays compte bien trop d'armes.
Il y a aussi tout ce que l'on entend aux infos ici. Une jeune femme qui a eu un accident de voiture l'année dernière et qui est allée taper à la porte de la première maison sur sa route. Le propriétaire a eu peur et a tiré à travers sa porte...
Ou encore, ce gars qui après une fête un peu arrosée dans le centre de Dallas s'est trompé de maison et essayait d'ouvrir une porte qui n'était pas la sienne... Mort aussi.

Mais il y a aussi tous ces gens tout à fait sensés qui détiennent des armes dans des coffres, et qui les utilisent dans des centres de tirs ce que l'on appelle ici des shooting ranges.
Et là, j'en viens à mon occupation de la semaine dernière, et malgré les conseils d' Ernest, j'te raconte tout ça à jeun et sans rougir.

La semaine dernière et pour la deuxième fois, nous sommes allés tirer. Ce qui ne fait pas de moi une folle de la gâchette pour autant. Je n'envisage pas une minute le fait d'utiliser une arme pour me défendre.
Ce qui me plaît?
Toucher une cible le plus précisément et du plus loin possible.
Comment ça se passe?
Tout d'abord, en rentrant tu as une vue plongeante sur les couloirs de tirs dans lesquels tu vas aller t'installer, une fois que tu as, dans l'ordre:
Louer un couloir de tirs, louer une arme si tu n'en as pas, acheter des munitions, donner ta carte d'identité, positionner le casque anti-bruits sur tes oreilles, et attraper une paire de lunettes de protection, parce que les douilles vont voler.


Et là, y'a plus qu'à lâcher ton appareil photo...
J'ai essayé plusieurs calibres et celui avec lequel je me sens la plus à l'aise, c'est le 9mm, moins de recul et moins bruyant.
Il faut que tu saches que l'on tire à balles réelles et que tous les gestes sont précis. On évite par exemple de se retourner vers les copains, en discutant l'arme au poing et en agitant les bras dans tous les sens...
Je ne me débrouille pas trop mal pour le moment, et je compte bien continuer, de temps en temps. Je comprends mieux mon attirance pour le biathlon et pas seulement parce que les frères Fourcade sont mignons.

Tirs à 12m
A la sortie, il est conseillé de se laver les mains avec un savon qui enlève les traces de poudre, tu fais un sourire au groupe de militaires qui rentrent, tu es contente et fière, dans mon cas, et tu te promets de revenir.

En action
Je sais que je risque de choquer ou d'en indigner certains, d'en décevoir peut-être mais j'assume complètement mon choix: oui, je porte un tee-shirt à la gloire de Johnny Hallyday et j'aime ça.